• Aissata Sylla

Chroniques d'une (presque) repat - Partie 2 - Travailler à Abidjan

Mis à jour : mars 10


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Soyons honnêtes, ce n’était pas facile !


La première difficulté à laquelle j’ai été confrontée : la complexité du mandat qui m’était assigné. En effet, l’objectif de mon séjour était de lancer les opérations de mon entreprise sur le territoire Abidjanais. Ceci représentait notre première expansion en Afrique francophone, et le succès de ce projet déterminerait les futures expansions dans la région. De plus, l'entreprise ayant une grande renommée, tous les yeux étaient rivés sur nous. Que ce soit à l’interne ou à l’externe, les attentes étaient élevées (ou comme le tonton sénégalais aurait dit : les nerfs étaient tendus).


Je travaillais avec une équipe incroyable, mais à distance car en réalité pendant une bonne partie de cette phase de préparation, j’étais la seule personne sur place à Abidjan. Il fallait donc rapidement apprendre à comprendre le monde des affaires Abidjanais, se faire des contacts, mettre en place une stratégie adaptée aux réalités locales et l’exécuter au plus vite. En quelques mois, je me suis retrouvée à tester mes capacités de leader en constituant et en gérant une équipe pour la première fois, à développer des techniques de persuasion en démarchant des partenariats, et à développer une connaissance approfondie de mon secteur d’activité en Côte d’Ivoire.


Deuxième source de difficulté non négligeable : la découverte d’un nouvel environnement de travail. En toute honnêteté, c’est sûrement l’aspect que j’avais le plus négligé mais celui qui m’a le plus éprouvée. Ayant vécu dans plusieurs pays, travaillé en Amérique du Nord et brièvement en Amérique latine, j’anticipais le fait de devoir m’adapter à un nouvel environnement de travail, mais pas avec autant de mal.

Du style de travail de mes collègues, à la structure de mon entreprise en Afrique, aux personnes que je rencontrais, tout était différent ! Les personnes que je côtoyais m’ont immédiatement confrontées à mes faiblesses. Après plusieurs moments d’impuissance, d’intense remise en question et de discussions avec mes proches, j’ai vite compris que si je ne faisais aucun ajustement, je me ferais marcher dessus. La douce et diplomatique Aissata a dû apprendre à s’imposer, mieux défendre ses idées, avoir confiance en ses capacités et à faire porter sa voix lorsqu’il le fallait. Cette expérience m’a aussi appris à discerner l’égo et le manque de confiance dans certaines paroles. Au-delà de tout, j’ai appris la patience. En effet, venant d’un monde nord-américain où tout bouge très vite, l’Afrique francophone a testé mes limites. Une négociation qui prendrait quelques jours ailleurs, pouvait durer 1 mois à Abidjan. Pour des raisons principalement culturelles, le processus de prise de décision était plus lent et quelques fois plus prudent. Il fallait d'abord que les gens se familiarisent au concept qui leur était présenté, qu’ils en parlent autour d’eux, qu’ils réfléchissent et attendent les retours d’expérience de leurs proches, avant de se lancer. Bref, il fallait souvent choisir entre la patience (dans les limites du raisonnable) et le stress, et le choix fut vite fait !


C’est en prenant du recul que j’arrive à énumérer tous ces défis, mais sur le moment, tout cela faisait juste partie de mon quotidien. Je me concentrais sur les petites victoires et m'assurais de partager la responsabilité de ces défis avec mon équipe. Je me plaignais souvent, je ne dormais pas toujours très bien et j’imaginais souvent le pire, mais après un bon repas, de la musique, et une bonne séance de rires, j’étais de nouveau prête à attaquer ! Ma devise pour éviter de perdre la tête : “À chaque jour suffit sa peine”.


À la fin de mon séjour, le projet a pu être livré. Il était enfin disponible au grand public. Au-delà de la fierté que j'éprouvais pour tout le travail accompli, le résultat final n’était pas parfait. Il y avait quelques failles, qui tout en étant inévitables dans le contexte de pénétration un nouveau marché, se faisaient ressentir par les consommateurs. Mon cœur était constamment en conflit. D’une minute à l’autre, je passais d’un message de félicitations, aux plaintes de consommateurs sur les réseaux sociaux, sans oublier les personnes qui profitaient de nos rencontres en soirée/ weekend/voyage/ pour m’exprimer leurs avis. Je passais des rires aux pleurs, du soulagement au stress intense. En naviguant cette situation, j’ai été forcée à lâcher prise, et encore une fois à être patiente dans l’attente des résultats de mon travail. C’était aussi une belle leçon d’humilité. Nous vivons dans un monde qui nous répète constamment que nous sommes les maîtres de notre destin, et que tout est possible. Bien que ces messages sont porteurs de motivation et d'inspiration, cette expérience était un rappel brutal des limites de notre pouvoir en tant qu'êtres humains. Tout ne s’améliore pas toujours aussi vite qu’on le souhaiterait. Il y a des moments où nous ne nous en sortons pas, et c’est correct, c’est la vie.


Avec du recul, qualifierai-je mon expérience de réussite ? Absolument ! En m'embarquant dans cette aventure professionnelle, le succès pour moi aurait été qu’on entende parler de ce lancement dans toute la ville et que tous les consommateurs soient absolument amoureux du produit. Mais au cours de ces derniers mois, j’ai eu à redéfinir et nuancer ma vision du succès. Certains aspects du projet ont été réussis, d’autres représentent encore des défis. Mais une chose est certaine: toutes les leçons et réalisations acquises lors de mon séjour me seront utiles tout au long de mes futures expériences, et ce dans tous les domaines de ma vie.


J’espère que les péripéties de ma vie professionnelles vous ont plus ! Je vous retrouve à mon prochain article où je parlerais de ma vie quotidienne à Abidjan.

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