• Aissata Sylla

À la découverte des Agodjie ( amazones du Danhomè)


Nous sommes en Novembre 1892 et la guerre bat son plein dans le royaume du Danhomè (Sud de l'actuel Bénin). La France est prête à tout pour étendre son territoire colonial. Le roi Béhanzin quant à lui, défend bravement l'indépendance de son royaume depuis quelques années. Ce jour-là, à environ 50 km d'Abomey, la capitale du royaume, les troupes Françaises font face à un groupe de femmes armées qui leur bloquent l'accès. Le combat qui s'est suit est sanglant. Il dure environ 4 heures de temps et les Français en sortent difficilement vainqueurs et annexent la capitale du Royaume. Malgré cette victoire, la journée a été l'une des plus meurtrières de la guerre. Qui sont ces femmes qui ont certes perdu la vie, mais qui n'ont certainement pas facilité la tâche aux colons ?

Originalement appelées les Mino - "nos mères" en langue Fon -ou Ahozi - "les épouses du roi" en langue Fon ou encore les Agodjie, elles ont été surnommées les Amazones du Danhomè par les européens.

Ces femmes, qui ont voué leurs vies au roi et à la protection de leur royaume ont marqué l'Histoire.

Dès l'âge de 8 ans, elles commencent à suivre des entraînements quotidiens intensifs où elles apprennent à manier les armes et à se battre jusqu'à la mort. Cette formation leur permet d'avoir une tolérance à la douleur incroyable, une musculature extrêmement développée et faisait d'elles des membres redoutés de la société. Certains racontent qu'un de leurs rites de passage consistait à pousser des prisonniers de guerre du haut d’une falaise afin de prouver leur détermination au royaume. Leur devise était "vaincre ou mourir" et elles avaient pour rituel de décapiter leurs victimes. Leur bravoure et habilité de se battre était tellement impressionnantes qu'elles marquèrent les explorateurs européens. Dans les années 1880, des français visitant le Danhomè décrivent l'entraînement d'une jeune amazone en pleine adolescence : « Après avoir été blessée à trois reprises, elle décapita la tête du prisonnier qui lui faisait face et lécha le sang sur la lame de son épée. Ses compatriotes ne tardèrent pas à l’acclamer, et comme il était de coutume dans la région, elle sectionna également les organes génitaux du malheureux ». L’explorateur J. Foa quant à lui raconte : « Alors qu’un soldat dahoméen met en moyenne 50 secondes pour recharger sa carabine après avoir fait feu, une « Amazone » réalise l’opération en trente secondes ».

Membres sacrés et puissantes de la société, ces femmes faisaient un vœu de virginité pour accentuer leur supériorité au commun des mortels et éviter toute distraction. Lorsqu'elles quittaient le palais royal, elles étaient toujours accompagnées de leurs servantes qui sonnaient des petites cloches de sorte à annoncer leur arrivée. Les populations devaient ainsi s'éloigner et détourner les yeux. L'histoire raconte même que tout homme qui osait poser la main sur une d'entre elles était condamné à mort.

Comme vous vous en doutez probablement, les femmes n'ont pas toujours été des combattantes dans le royaume du Danhomè. Les Agodjie ont tout d'abord débuté en assurant la garde rapprochée du roi, avant d'être progressivement incluses dans les batailles. Bien que leurs exploits aient été confirmés par plusieurs historiens béninois et européens, leur genèse reste controversée.

Tout aurait commencé en 1708. Le roi du Danhomè à l'époque, le roi Akaba perd la vie pendant que son pays est en pleine guerre. Pour ne pas démotiver les troupes, sa sœur jumelle Tassi Hangbé prend la tête de l'armée et part au combat. Certains racontent qu'elle se serait même fait passer pour son frère lors des batailles.

Les successeurs au trône étant trop jeunes, Hangbé devint la première et unique reine du Royaume du Danhomè. Étant la première femme à occuper un tel poste, la reine s'était donc donné comme mission de prouver à son peuple qu'elle et les autres femmes étaient tout aussi capable que les hommes, d'accomplir certaines tâches. Elle créa ainsi la première troupe d'amazones qu'elle nomma les Agodjie, ce qui signifie "espoir". Cependant, le peuple n'étant pas habitué à voir une femme au pouvoir, faisait entendre son mécontentement. Elle n'eut jamais droit à une cérémonie d'intronisation. Après 6 ans de règne et de complots de la gente masculine contre elle, Tassi Hangbé renonça au pouvoir et fut succédée par Agadja, le fils de son défunt frère jumeau.

Le règne de Tassi Hangbé a même tenté d'être effacé de l'histoire. Certaines versions racontent que son règne n'aurait jamais existé et serait juste un mythe pour justifier la création des Agodjie. Agadja aurait donc été le successeur direct de son père. Il aurait créé les premières troupes dAgodjie pour combler le manque d'effectifs masculins dans son armée alors que son royaume était à la tête de plusieurs guerres de conquêtes.

Nous ne serons peut-être jamais sûr de ce qui s'est réellement passé à cette époque, mais il est important de noter que Tassi Hangbé a été élevée au rang de déesse autour d'Abomey et est encore célébrée de nos jours.

La potentielle création des Agodjie par Tassi Hangbé renforce le rôle crucial que jouent les personnes en position de pouvoir dans le développement des populations marginalisées dans la société. Tassi Hangbé aurait pu se contenter d'exceller dans ses tâches de reine pour prouver ses capacités de femmes. Cependant, en associant les autres femmes à sa bataille, elle a été capable d'avoir un impact intergénérationnel qui dépassa les frontières du Danhomè. Que Tassi Hangbé ait été un mythe ou une réalité, son histoire a besoin d'être racontée encore et encore car elle regorge d'enseignements intemporels, que nous pouvons tous appliquer à notre petite échelle.


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