• Aissata Sylla

Le N'ko: l'alphabet universel africain


1944, Bouaké, Côte d’Ivoire. Souleymane Kanté, marchand d’origine guinéenne, se retrouve à lire les récits de Kamal Maroua, journaliste libanais qui s’est donné pour mission d’informer son pays sur la vie des libanais vivant dans les colonies anglaises et françaises d’Afrique. Dans ses récits, le journaliste libanais dénonce le fait que les langues africaines n’aient pas d’alphabet, ce qui selon lui cause un manque de bases grammaticales. Outré par ce affirmartions et conscient de la richesse des langues et cultures mandingues (1), Souleymane Kanté décida ainsi de lui prouver le contraire.

C’est ainsi qu’a débuté la création de l’alphabet N’ko, patrimoine intellectuel et culturel africain.

Souleymane Kanté a d’abord tenté d’écrire le malinké avec les alphabets latins et arabes, mais il y a très vite renoncé. La différence de sonorités rendait la tâche quasi impossible. Il a donc pris la décision audacieuse de créer son propre alphabet.

Ainsi, en avril 1949, L’alphabet N’ko est né.

« N’ko » signifie « je dis » dans toutes langues mandingues, parlées par 30 à 40 millions de personnes. « N’ko » fait aussi référence à un discours de Soundjata Keita, un des empereurs de l’empire mandingue, qui s’adressait à son peuple en disant : « Vaillants soldats, tous ceux qui disent « N’ko », c’est à vous que je m’adresse ».

Le N’ko tente donc à travers un alphabet, d’unifier tout un peuple en préservant la richesse de sa culture et de son savoir.

Souleymane Kanté avait remarqué que lorsqu’on donnait une feuille et un stylo à un analphabète, la plupart du temps, cette personne faisait intuitivement un trait de la droite vers la gauche. De ce fait, le N’ko se lit de droite à gauche et est composé de 7 voyelles, 19 consonnes et 1 caractère nasal.

La beauté de l’alphabet N’ko réside dans son universalité. Il ne permet pas uniquement d’écrire les langues mandingues, mais peut aussi être utilisé pour la majorités des autres langues africaines, et également certaines langues étrangères telles que le russe et le chinois. Le N’ko est donc au service de toutes ces langues qui sont conservées uniquement de manière orale, en leur donnant une chance de laisser une trace écrite.

Après la création de son alphabet, Souleymane Kanté s’est empressé de retranscrire une variété d’ouvrages scientifiques, religieux et linguistiques. Son travail le plus prestigieux est sans doute la retranscription en Nko du Coran, livre religieux sacré, délicat à traduire et à interpréter. Souleymane Kanté compte à son actif jusqu’à 183 ouvrages.

Aujourd’hui, le N’ko est enseigné dans quelques universités dans des pays tels que l’Egypte, l’Espagne, les Etats Unis, Le Mali et la Russie. Il est aussi possible d’installer des claviers de N’ko sur les appareils électroniques. Toutes ces avancées sont dues aux efforts de l’académie N’ko qui milite pour l’utilisation et l’intégration du N’ko dans différentes sphères de la société.

Aussi intéressante que soit l’histoire du N’ko, le but de cet article n’est pas uniquement de retracer les accomplissements de Souleymane Kanté, mais est également un appel à la jeunesse africaine.

Combien d’entre nous avions entendu parler du N’ko auparavant ? J’ai moi-même découvert cet alphabet il y a seulement quelques mois et je suis émerveillée par son potentiel.

Un tel alphabet ne permet pas uniquement d’écrire différentes langues mais a une portée bien plus grande.

Imaginez les bibliothèques qu’on pourrait remplir si on retranscrivait tout le savoir historique, religieux, scientifique et philosophique de nos aînés et de nos griots ! Nous serions non seulement capables de mieux conserver et défendre notre patrimoine, mais nous aurions aussi la possibilité de le partager de manière véridique avec nos futures générations ainsi qu'avec le reste du monde.

Au-delà de la conservation du patrimoine, cet alphabet peut jouer un rôle important dans nos systèmes éducatifs. Il faciliterait énormément l’enseignement et l’apprentissage de toutes ces langues qui peuvent être écrites en N’ko.

Nous dormons donc sur un riche héritage intellectuel qui pourrait être utilisé de manière plus efficace. La tâche du développement du N’ko n’appartient pas seulement à l’Académie du N’ko mais est la responsabilité de tous les peuples africains qui trouveront un bénéfice sans limite à utliliser un tel alphabet. Je vous invite tous à vous y intéresser. Nous ne pouvons pas tous devenir des experts du N’ko, mais être au courant de son existence et de son pouvoir est un premier pas vers la réappropriation de notre culture et de notre histoire.

(1) Les Mandingues sont les peuples de l’ex empire du Mali. Les langues mandingues (Dioula, Malinké, bambara…) sont très similaires à l’exception de quelques nuances et variétés selon les régions

Sources :

http://www.guinee-culture.org/ICRA-N-KO-on-en-parle.html

http://www.nkopourtous-kofi.org/decouverte-de-nko/le-savant-souleymane-kante/

http://nkoacademie.fr/naissance_du_nko.html

http://factuguinee.com/magr1.php?langue=fr&type=rub2&code=calb6507

http://mali-web.org/societe/education-societe/systeme-educatif-le-plus-de-lecriture-nko

http://www.factuguinee.com/magr1.php?langue=fr&type=rub2&code=calb6507

http://www.trainemergenceguineenne.com/fichiers/livre12.php?langue=fr&type=rub17&code=calb3549&num=

http://www.kanjamadi.com/n'ko-Aiba.html

http://guinee7.com/2015/01/29/alphabet-nko-un-systeme-decriture-dans-des-telephones-portables/

http://www.inalco.fr/langue/bambara-mandingue

http://www.nkopourtous-kofi.org/decouverte-de-nko/lhistoire-de-nko/

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